Depuis 2023, Google enchaîne les vagues de simplification de ses résultats de recherche enrichis, et 2025 marque une nouvelle étape majeure. Le 12 juin, le moteur a annoncé que plusieurs types de données structurées ne déclencheraient plus de rich results dans Google Search, bouleversant au passage les stratégies de nombreux sites très orientés SEO technique. Pour les équipes marketing comme pour les développeurs, la question est désormais moins « que perd‑on ? » que « comment se réorganiser intelligemment ? ».
La bonne nouvelle, c’est que ces changements n’affectent pas directement le classement, mais avant tout la mise en forme visuelle dans les SERP. En revanche, ils imposent une vraie mise à jour de vos priorités en matière de balisage schema.org, de dashboards Search Console et de pilotage de la performance organique. Cet article détaille comment ajuster vos données structurées après les retraits de Google, sans paniquer ni gaspiller vos ressources techniques.
1. Comprendre les retraits récents de données structurées
Depuis l’annonce du 12/06/2025, sept types de données structurées ne génèrent plus de rich results dans Google Search : BookAction, Course (Course Info), ClaimReview, EstimatedSalary, LearningVideo, SpecialAnnouncement et VehicleListing. Google indique que ces formats étaient relativement peu utilisés, et qu’ils n’apportaient plus de valeur significative aux utilisateurs sous forme d’enrichissements visuels. Ils ont donc été retirés de l’affichage enrichi, dans la continuité d’une stratégie de simplification de la page de résultats.
Point essentiel : Google précise que ces retraits n’impactent pas le classement (ranking) en lui‑même. En d’autres termes, le fait que vos données structurées appartiennent à un type désormais « déprécié » côté rich results ne signifie pas que vos pages seront moins bien positionnées à contenu équivalent. Ce qui change avant tout, c’est la présentation, la capacité de vos résultats à se détacher visuellement via des éléments enrichis dans les SERP.
Concrètement, vous pouvez laisser ces schémas en place sur vos pages : ils ne déclenchent simplement plus de rich snippets dans Google, mais restent potentiellement utiles pour d’autres moteurs, agrégateurs, ou pour vos usages internes (moteur de recherche, knowledge graph propriétaire, etc.). Ils deviennent en quelque sorte « inertes » pour Google Search, sans effet négatif actif, mais sans bénéfice visuel non plus.
2. Impacts concrets dans Search Console, API et reporting
À partir du 9/09/2025, Google a étendu ces retraits à Search Console en supprimant la plupart des signaux associés à ces types de données abandonnés. Les rapports de rich results, les filtres d’« apparence dans les résultats de recherche » et le test de résultats enrichis ne couvrent plus plusieurs schémas : Course Info, Claim Review, Estimated Salary, Learning Video, Special Announcement et Vehicle Listing. Cela signifie qu’il devient impossible de suivre directement, dans ces rapports standard, leur performance en termes d’impressions et de clics enrichis.
L’API Search Console reste toutefois compatible jusqu’à fin 2025 pour ces types, ce qui laisse un peu de temps pour migrer vos tableaux de bord et automatisations. Néanmoins, les exports BigQuery renvoient désormais NULL pour les apparences liées à ces types dépréciés. Si vos dashboards Looker Studio (ex‑Data Studio) ou vos scripts de reporting reposaient sur ces champs, vous devez les adapter sous peine de voir vos rapports se briser ou renvoyer des données incohérentes.
Sur le plan opérationnel, cela implique de revoir vos filtres, vos segments et vos métriques SEO internes. Par exemple, au lieu de tester explicitement un booléen sur une apparence donnée, il devient plus sûr d’utiliser des conditions du type IS NOT TRUE pour éviter les erreurs liées aux valeurs NULL. Cet ajustement technique, souvent sous‑estimé, est indispensable pour garantir la continuité de vos analyses après les retraits de Google.
3. Faut‑il supprimer les schémas dépréciés ?
Google est clair dans sa communication officielle : il est inutile de supprimer dans l’urgence les données structurées qui ne sont plus utilisées pour des rich results. Que ce soit pour HowTo, FAQ, certains types d’annonces ou, désormais, pour BookAction, Course Info, ClaimReview et consorts, la présence de ces balisages n’est pas considérée comme un problème en soi. Tant qu’ils ne génèrent pas d’erreurs de validation, ils ne posent pas de risque SEO actif ni de pénalité.
Historiquement, on a déjà observé cette approche lors de la dépréciation des rich results pour FAQPage et HowTo à partir de 2023. Les FAQ riches ont été progressivement réservées à quelques sites jugés très autoritaires (gouvernement, santé) avant que les HowTo disparaissent aussi du desktop. Là encore, Google avait indiqué que conserver ce balisage ne causait aucun tort, tout en rappelant qu’il ne procurait plus d’avantage visuel.
Dans une logique de gestion de dette technique, la recommandation pragmatique est la suivante : ne dépensez pas de budget développement uniquement pour « purger » ces schémas. Concentrez‑vous plutôt sur la correction des erreurs de validation, la prévention des warnings bloquants, et l’implémentation ou l’optimisation de types de données structurées encore pleinement pris en charge. Si, à l’occasion d’une refonte ou d’un grand nettoyage de code, vous décidez de les retirer, faites‑le pour des raisons de maintenance et de clarté, pas par crainte d’un impact SEO négatif.
4. Cartographier son balisage et prioriser les schémas utiles
La première étape stratégique consiste à cartographier l’ensemble des types de données structurées présents sur votre site. Utilisez vos audits techniques, vos outils d’exploration (crawler), ou des exports centralisés pour lister tous les schémas schema.org utilisés : types, propriétés, pages concernées. L’objectif est d’identifier clairement ceux qui sont encore supportés par Google pour les rich results, ceux qui ne le sont plus, et ceux qui sont potentiellement en cours de retrait.
Une fois cette cartographie établie, il s’agit de classer les types de schémas selon leur valeur SEO actuelle. Google et les analystes SEO recommandent de rediriger vos efforts vers les données structurées toujours éligibles à des enrichissements : Product, Offer, Review, Organization, LocalBusiness, Breadcrumb, Article, NewsArticle, Recipe, VideoObject, entre autres. Ces types demeurent au cœur de la stratégie de compréhension et de mise en valeur du contenu dans les SERP.
Ce travail de priorisation doit aussi intégrer une veille active. Google a confirmé en novembre 2025 que la simplification allait se poursuivre : la documentation développeur Search Central a été nettoyée pour plusieurs types retirés, et des signaux laissent penser que certains schémas comme PracticeProblem et Dataset sont en cours de retrait côté Search (Dataset restant cantonné à Dataset Search). Surveillez régulièrement la documentation officielle et le changelog pour anticiper les prochains ajustements.
5. Ajuster sa stratégie par type de site (Course, emplois, fact‑checking…)
Pour les sites de formation qui exploitaient Course ou le balisage Course Info, la perte de rich results impose de revoir la hiérarchie des efforts techniques. L’une des options est de renforcer le balisage Organization ou LocalBusiness pour mieux structurer l’entité qui propose les cours. Pour les formations payantes, l’utilisation conjointe de Product et Offer peut aussi aider à mettre en avant les aspects transactionnels (prix, disponibilité), tout en s’appuyant sur de bons Article ou BlogPosting pour le contenu éditorial.
Les sites d’offres d’emploi qui s’appuyaient sur EstimatedSalary doivent, eux, consolider leur balisage JobPosting, qui reste pleinement supporté et stratégique. Plutôt que de chercher à reproduire à tout prix un rich result disparu, l’enjeu est de rendre les offres d’emploi plus complètes, plus fiables et plus à jour, en exploitant au mieux les propriétés encore reconnues. Cela passe par un travail conjoint sur la qualité du contenu, l’organisation de l’information et l’intégration cohérente des données structurées existantes.
Pour les éditeurs et médias engagés dans le fact‑checking qui utilisaient ClaimReview, la perte des rich results impose un recentrage sur l’optimisation éditoriale pure : titres plus clairs, extraits incitatifs, mise en avant de l’expertise, de l’expérience, de l’autorité et de la fiabilité (EEAT). Complétez ce travail par une structuration nette via Article ou NewsArticle, voire d’autres entités pertinentes, afin que le contenu reste parfaitement compréhensible par les moteurs, même sans le bénéfice d’un format visuel dédié.
6. Repenser le pilotage SEO dans Search Console et vos dashboards
Du fait des retraits successifs, plusieurs rapports et filtres liés aux apparences enrichies disparaissent ou se vident progressivement dans Search Console. Pour un pilotage SEO fiable, vous devez adapter vos tableaux de bord, vos segments et vos règles de suivi. Par exemple, si vous suiviez la performance d’un schéma donné via l’onglet « apparence dans les résultats de recherche », il est probable que ce signal ne soit plus disponible pour certains types ou renvoie désormais des champs NULL dans les exports BigQuery.
Cela implique des évolutions techniques dans vos requêtes SQL, vos transformations de données et vos modèles Looker Studio. Au lieu de supposer que chaque champ d’apparence est un booléen valide (TRUE/FALSE), il devient nécessaire de prendre en compte la possibilité de valeurs NULL, notamment via des conditions plus souples comme IS NOT TRUE ou via des coalescences qui évitent les ruptures de séries. En d’autres termes, votre data engineering SEO doit se mettre à jour au même rythme que l’écosystème Google.
Pour compenser la disparition de certains signaux, focalisez‑vous sur les apparences encore actives et stables : rich results Produit, avis/évaluations, Breadcrumb, vidéos, recettes, etc. Surveillez leurs impressions et leurs taux de clics (CTR) de près, car ce sont désormais ces formats qui porteront la majeure partie de votre différenciation visuelle dans les SERP. Un recul sur un type peut être partiellement compensé par un gain sur un autre, à condition de le détecter et de l’orchestrer correctement.
7. Rester aligné avec la vision de Google sur schema.org
Malgré ces retraits, Google insiste régulièrement sur un point : il ne s’agit pas d’un rejet global de schema.org. Au contraire, l’entreprise rappelle qu’elle « continue à soutenir activement un large éventail de types de données structurées » et qu’elle considère toujours ces balisages comme un élément clé, à la fois pour la compréhension du contenu et pour l’affichage de résultats enrichis là où cela apporte une réelle valeur aux utilisateurs.
La logique de simplification de la page de résultats vise surtout à réduire le bruit, à éviter la surenchère de formats peu utilisés ou peu compris par le grand public, et à concentrer l’attention sur les enrichissements qui aident vraiment à la prise de décision : prix, disponibilité, avis, informations organisationnelles, fil d’Ariane clair, vidéos et recettes bien balisées, etc. Pour les SEO techniques, cela signifie qu’il faut accepter un certain niveau d’instabilité sur les formats exotiques et privilégier une base de schémas plus robuste et pérenne.
Pour rester à jour, Google recommande explicitement de suivre deux sources : la page de blog Search Central consacrée à la « simplification de la page de résultats » (mise à jour en septembre 2025 et amenée à évoluer) et le changelog des documents Search Central, section Structured Data. C’est là que sont publiés les avis de dépréciation, les dates de fin effective de support dans Search Console, l’API et le Rich Results Test. Intégrer cette veille dans votre routine mensuelle est devenu indispensable.
8. Plan d’action : comment ajuster ses données structurées en 2025‑2026
Pour transformer ces retraits en opportunité d’optimisation, structurer un plan d’action clair est essentiel. Commencez par un audit complet : inventaire des types de schémas utilisés, cartographie des pages concernées, vérification des erreurs de validation via les outils de test de Google encore disponibles. Identifiez les types désormais non pris en charge pour les rich results et évaluez leur poids réel dans votre trafic (pages clés, segments stratégiques, etc.).
Ensuite, priorisez les chantiers à forte valeur ajoutée. Par exemple : renforcer Product, Offer et Review sur les pages e‑commerce, généraliser Breadcrumb là où il manque, compléter les schémas Organization et LocalBusiness pour les entités physiques, optimiser Article et NewsArticle sur les contenus éditoriaux, enrichir vos VideoObject sur les pages vidéo. Faites de ces types‑là le cœur de votre stratégie de données structurées.
Enfin, adaptez vos outils de suivi et vos process. Mettez à jour vos dashboards Search Console et Looker Studio pour ne plus dépendre de signaux retirés, et formez les équipes (SEO, contenu, développement) à cette nouvelle hiérarchie de priorités. L’objectif n’est pas d’avoir « le plus de schémas possible », mais les bons schémas, correctement implémentés, qui restent reconnus par Google tout en apportant un bénéfice tangible aux utilisateurs.
Les retraits successifs de rich results par Google peuvent donner l’impression d’un tapis qui se dérobe sous les pieds des SEO techniques. Pourtant, en y regardant de plus près, ils s’inscrivent dans une tendance cohérente : concentrer les résultats enrichis sur les formats réellement utiles pour les internautes, réduire la complexité de la page de résultats, et pousser les sites à se recentrer sur la qualité de leur contenu plutôt que sur la multiplication des marquages.
En ajustant vos données structurées après ces changements , sans paniquer, mais avec méthode , vous pouvez transformer une perte apparente de visibilité en levier de rationalisation. Cartographier, prioriser, corriger, puis renforcer les types de schémas stratégiques, tout en adaptant vos dashboards, vous permettra de rester aligné avec la feuille de route de Google. À terme, les sites qui tireront parti de cette simplification seront ceux qui auront su articuler SEO technique, clarté des données structurées et valeur réelle pour les utilisateurs.
