Les AI Overviews de Google, autrefois moqués pour des réponses absurdes comme la fameuse « glue pizza », sont devenus en quelques mois un pivot de l’expérience de recherche. Déployés dans plus de 200 pays et 40 langues, ils touchent désormais 1,5 milliard d’utilisateurs mensuels selon SEOPress, avec une hausse de 10 % de l’usage global de Google aux États‑Unis et en Inde depuis 2024. Même si la France reste temporairement en retrait fin 2025, le mouvement est mondial, structurant et impossible à ignorer pour les professionnels du SEO.
Dans ce contexte, la promesse historique du référencement , capter un clic organique via un « lien bleu » , est remise en cause. Les études Semrush, Datos, Digital1010, The Guardian ou Pew montrent une montée du zero‑click, un écrasement des CTR organiques et un transfert d’attention vers des réponses IA de plus en plus pertinentes. C’est précisément dans cette zone de turbulence que Semrush lance Semrush One, présenté comme « la solution unifiée pour gagner chaque recherche dans l’ère de l’IA », avec un objectif clair : faire du SEO et de la visibilité IA une seule et même discipline.
AI Overviews : un nouveau paysage de recherche à 16 %
Entre janvier et novembre 2025, Semrush a analysé plus de 10 millions de mots‑clés pour mesurer la montée des AI Overviews dans les SERP. Leur présence est passée de 6,49 % des requêtes en janvier à un pic de 24,61 % en juillet, avant de se stabiliser autour de 15,69 % en novembre , soit environ 16 % de toutes les requêtes. Autrement dit, près d’une recherche sur six comporte désormais un bloc de synthèse IA qui s’intercale entre l’utilisateur et les résultats organiques classiques.
Cette présence n’est pas neutre : elle se concentre en priorité sur les requêtes informationnelles, là où les sites médias, blogs et éditeurs de contenus éducatifs avaient bâti leur croissance SEO depuis une décennie. Mais la tendance la plus préoccupante pour les marketeurs se joue ailleurs : les AI Overviews gagnent progressivement du terrain sur les requêtes commerciales et transactionnelles, celles qui sont les plus directement corrélées aux conversions et au chiffre d’affaires.
Au‑delà de la simple fréquence, la manière dont ces blocs IA se positionnent dans la SERP évolue. Une recherche relayée par seoClarity montre qu’aux États‑Unis, les AI Overviews apparaissent dans 19 % des recherches desktop, mais ne sont plus systématiquement en position 1. Désormais, 12,4 % des AI Overviews se situent sous le premier résultat organique, contre moins de 2 % un mois plus tôt, ce qui ouvre une fenêtre stratégique : il devient possible, sur certains mots‑clés, de « ré‑out‑ranker » un AI Overview avec un résultat classique, à condition de comprendre précisément comment Google orchestre cette nouvelle couche IA.
Zero‑click, cannibalisation et chute de trafic : l’autre face des AI Overviews
Les AI Overviews ne se contentent pas d’ajouter de l’IA dans la SERP, ils modifient la mécanique fondamentale du clic. L’analyse combinée de Semrush et Datos sur plus de 200 000 mots‑clés montre que les requêtes accompagnées d’un AI Overview affichent un taux de zero‑click significativement plus élevé que les requêtes sans AI. Les utilisateurs obtiennent directement leur réponse dans le bloc IA et quittent souvent Google sans cliquer sur un site tiers. Fait intéressant, ce taux de zero‑click baisse progressivement depuis janvier 2025 : il ne s’envole plus, mais reste beaucoup plus élevé que dans les SERP traditionnelles.
Une étude citée par Digital1010 détaille l’ampleur de la cannibalisation : lorsqu’un AI Overview est présent, les internautes cliquent sur les résultats organiques classiques seulement 8 % du temps, contre 15 % quand il n’y a pas de bloc IA. Cela représente une réduction relative de 46,7 % des clics organiques. Pour un site fortement dépendant du SEO, cette perte de trafic peut signifier une remise en cause complète du modèle économique, surtout si la monétisation repose sur la publicité ou l’affiliation.
Les médias d’actualité sont parmi les plus durement touchés. Une étude Authoritas, citée par The Guardian, évoque des chutes pouvant aller jusqu’à 80 % de clics sur certains résultats quand un AI Overview est présent. Des éditeurs comme MailOnline rapportent des baisses de 48 à 56 % du taux de clic. Le Pew Research Center, quant à lui, estime que dans certains scénarios, les utilisateurs ne cliquent sur un lien sous un résumé IA qu’une fois sur cent. Pour ces acteurs, le risque n’est plus seulement une érosion de visibilité : c’est un danger existentiel, qui explique les réactions juridiques et réglementaires croissantes à l’encontre de Google.
Typologie des requêtes : quand l’IA colonise la longue traîne… et le bas de funnel
Les premières analyses de Semrush en 2025 montrent une évolution rapide du périmètre couvert par les AI Overviews. Sur la période étudiée, la part de requêtes commerciales affichant un AI Overview est passée de 8,15 % à 18,57 %, tandis que les requêtes transactionnelles augmentaient de 1,98 % à 13,94 %. Ce glissement est stratégique : Google ne se contente plus de résumer des articles de blog, il commence à se positionner comme intermédiaire intelligent au cœur du middle et du bottom of funnel, là où se prennent les décisions d’achat.
Digital1010 nuance en rappelant qu’en mars 2025, environ 88 % des AI Overviews concernaient encore des requêtes informationnelles, tandis que les requêtes transactionnelles atteignaient environ 8,9 %. Cependant, le plus inquiétant pour les marques est l’émergence progressive des AI Overviews sur les requêtes de navigation de marque. Quand un utilisateur tape le nom d’un site ou d’un produit, il peut désormais se voir proposer, en amont des résultats officiels, un résumé IA qui sélectionne, reformule et priorise les informations à sa place.
Autre point clé : les requêtes déclenchant un AI Overview sont, en moyenne, plus longues et plus spécifiques. Il s’agit de requêtes de longue traîne, souvent formulées en langage naturel, qui ont constitué le cœur des stratégies de contenu SEO depuis des années : guides ultra‑complets, FAQ détaillées, articles « comment faire » et requêtes conversationnelles. Ce sont précisément ces contenus, pourtant recommandés par Google dans ses guidelines successives, qui se retrouvent aujourd’hui court‑circuités par une couche IA qui synthétise leurs apports. La stratégie SEO classique n’est pas morte, mais elle doit être profondément réinventée.
Un champ de bataille encombré : AI Overviews, features de SERP et Google Ads
Les AI Overviews ne se manifestent pas dans un vide : ils cohabitent avec de nombreuses autres fonctionnalités de la SERP. Selon Semrush, les blocs « Related searches » sont présents dans 95,32 % des SERP qui contiennent un AI Overview, et les « People Also Ask » apparaissent dans 90,03 % de ces mêmes pages. Concrètement, sur une requête touchée par l’IA, l’utilisateur fait face à une densité de signaux, de suggestions et de chemins de navigation sans précédent, qui fragmentent encore davantage l’attention.
Cette hyper‑richesse s’accompagne toutefois d’un effet d’éviction. Semrush observe une baisse de la visibilité de nombreuses features organiques lorsque les AI Overviews sont présents : featured snippets, carrousels d’images, blocs de reviews organiques sont moins fréquemment mis en avant. À l’inverse, certaines fonctionnalités gagnent en exposition, notamment les carrousels vidéo et les blocs « discussions & forums » tirés de YouTube ou Reddit. Cela confirme une tendance lourde : Google cherche à injecter dans ses réponses IA des signaux perçus comme plus authentiques ou communautaires, même si ces contenus restent largement encapsulés dans l’environnement Google.
La monétisation suit naturellement. En mars 2025, les publicités Google apparaissaient très rarement sur les mêmes SERP que les AI Overviews. En novembre, des annonces en bas de page sont visibles sur 25 % des SERP comportant un AI Overview, contre moins de 1 % auparavant. L’espace « organique » se transforme ainsi en un mix AI + Ads, réduisant mécaniquement la surface d’exposition des liens bleus classiques. Pour les SEO, le message est clair : la bataille ne se joue plus seulement sur la position 1 à 10, mais sur la capacité à exister dans un environnement où Google répond, recommande et monétise, parfois sans laisser de place au clic sortant.
Pression réglementaire et fracture géographique : un déploiement sous haute tension
Face à l’ampleur de l’impact des AI Overviews, les réactions ne sont pas seulement techniques ou marketing, elles sont aussi juridiques et politiques. En février 2025, Chegg a déposé une plainte antitrust aux États‑Unis, accusant Google d’utiliser AI Overviews pour siphonner son trafic et ses revenus, tout en réutilisant ses contenus sans compensation. L’éditeur estime que Google exploite une position dominante en se plaçant au‑dessus des sites tiers avec des réponses IA nourries par leurs contenus.
En juillet 2025, des éditeurs indépendants ont porté la bataille au niveau européen, en déposant une plainte antitrust auprès de la Commission européenne. Ils reprochent à Google de s’appuyer sur leurs contenus éditoriaux pour alimenter les AI Overviews, sans proposer de mécanisme d’opt‑out viable, ni de modèle de partage de valeur. Les pertes significatives de trafic et de revenus rapportées par ces acteurs accentuent la pression sur les régulateurs, dans un contexte où les législateurs européens scrutent déjà de près les pratiques des grandes plateformes en matière de concurrence et de droit d’auteur.
Paradoxalement, la France fait partie des rares pays où les AI Overviews ne sont pas encore pleinement déployés fin 2025. Ce décalage régional crée une sorte de « fenêtre d’observation » pour les SEO et les marques françaises, qui peuvent analyser à froid ce qui se passe aux États‑Unis, au Royaume‑Uni ou en Inde avant d’être exposés de plein fouet. Mais c’est une fenêtre qui se refermera rapidement, à mesure que Google étendra ses tests et que les décisions réglementaires se préciseront. Les entreprises qui anticiperont dès maintenant l’ère des réponses IA auront un avantage majeur lorsque le déploiement sera complet.
Semrush One : une nouvelle génération d’outils pour un nouveau SEO
C’est dans ce contexte de recomposition profonde que Semrush a annoncé, le 29 octobre 2025, le lancement de Semrush One. L’éditeur présente cette suite comme « la solution unifiée pour gagner chaque recherche dans l’ère de l’IA », couvrant non seulement Google Search et ses AI Overviews, mais aussi ChatGPT, Gemini, Perplexity et les principaux moteurs de réponse basés sur les LLM. L’ambition n’est plus seulement de suivre des positions dans la SERP, mais de mesurer la visibilité d’une marque à travers l’ensemble des interfaces de découverte pilotées par l’IA.
Pour y parvenir, Semrush One s’appuie sur une infrastructure de données massive : 142 bases de données de mots‑clés, 808 millions de domaines, 27,5 milliards de mots‑clés et 43 000 milliards de backlinks, auxquels s’ajoute un dataset de visibilité IA aux États‑Unis de 90 millions de prompts, en croissance continue. Ces données sont intégrées dans tous les abonnements Semrush One, avec l’objectif de fournir aux marketeurs une vision consolidée de leur présence, qu’elle soit organique classique ou IA‑driven.
Bill Wagner, CEO de Semrush, résume ce repositionnement en expliquant que le SEO reste un « tablestake » , un prérequis de base , , mais que les marketeurs doivent désormais gérer « l’équation toujours changeante de la visibilité IA ». Andrew Warden, CMO, insiste sur la nécessité de combiner SEO et IA dans une « seule couche d’intelligence » pour influencer chaque moment de découverte et transformer l’insight en performance. Concrètement, il ne s’agit plus de piloter un canal, mais de gouverner une visibilité globale, multi‑moteurs et multi‑interfaces.
Fonctionnalités IA de Semrush One : de la visibilité dans les LLM au pilotage de marque
Au cœur de Semrush One, on trouve une notion nouvelle pour les SEO : l’« AI visibility ». La suite permet de suivre la visibilité d’une marque ou d’un site non seulement dans Google Search, mais également dans les principales IA conversationnelles comme ChatGPT, Gemini, Perplexity et d’autres LLM. L’objectif est de répondre à une question très simple, mais jusqu’ici impossible à documenter : « Quand un utilisateur pose une question à une IA, quelle place ma marque occupe‑t‑elle dans la réponse ? »
Cette visibilité IA ne se limite pas à un score de présence. Semrush One propose de mesurer la présence de marque et le sentiment associé dans les réponses IA, d’analyser comment votre entreprise est citée (ou non), dans quel contexte, avec quels concurrents, et avec quelles recommandations implicites. Les marketeurs peuvent ainsi surveiller la perception de leur marque à travers les moteurs IA, identifier les angles morts (sujets où la marque devrait apparaître mais est absente) et détecter les risques de réputation avant qu’ils ne se traduisent en pertes de trafic ou en bad buzz.
Pour rendre cette approche exploitable, Semrush One se décline en trois offres. L’offre Starter combine les fondamentaux du SEO avec un suivi de visibilité IA (prompts, mots‑clés IA, concurrents, audit « AI‑ready » du contenu). L’offre Pro+ ajoute des données historiques, des fonctionnalités d’optimisation de contenu, l’analyse de cannibalisation et le suivi multi‑localisation et multi‑device. Enfin, l’offre Advanced ouvre l’accès à l’API, au share of voice et à des automatisations avancées, permettant aux grandes organisations d’intégrer la visibilité IA dans leurs propres dashboards et workflows.
Preuve de concept : comment l’« AI share of voice » peut évoluer en quelques jours
Pour démontrer l’efficacité de son approche « AI visibility », Semrush a testé Semrush One sur sa propre marque. Les résultats, communiqués lors du lancement, sont parlants : en un mois seulement, l’« AI share of voice » de Semrush serait passé de 13 % en juillet 2025 à 32 % en août, soit un quasi‑triplement. Autrement dit, la part des réponses IA mentionnant ou recommandant Semrush pour un ensemble de prompts cibles a fortement augmenté en quelques semaines.
Plus intéressant encore, la part des requêtes non‑marque dans cette visibilité IA est passée de 40 % à 50 %. Cela signifie que l’optimisation ne s’est pas limitée à renforcer la présence de Semrush sur son propre nom, mais a permis de gagner du terrain sur des requêtes génériques , celles que tapent (ou dictent) les utilisateurs qui ne connaissent pas encore la marque. Pour un marketeur, c’est un changement de paradigme : au lieu d’attendre des mois pour qu’une nouvelle page se positionne sur un mot‑clé, il devient possible d’influencer ce que les IA répondent sur un sujet en quelques jours.
Semrush en tire une conclusion stratégique : les LLM réagissent à l’optimisation en jours plutôt qu’en mois, à la différence des cycles SEO traditionnels. Cela ne signifie pas que le référencement classique perd son importance , il reste la base de l’indexation et de la crédibilité , mais que les investissements dans le contenu, la structure et l’autorité doivent désormais être pensés aussi sous l’angle de leur réutilisation par les IA. Les équipes marketing qui sauront orchestrer cette double temporalité (SEO long terme + IA court terme) prendront une longueur d’avance.
Tarification, gouvernance et montée au comité de direction
Sur le plan économique, Semrush One se positionne comme une suite « mid‑market à enterprise ». Le prix d’appel annoncé est de 165 $/mois (facturation annuelle) pour les nouveaux clients, ce qui la destine clairement aux équipes marketing structurées, aux agences et aux grandes PME/ETI. Au‑delà des trois niveaux d’offres (Starter, Pro+, Advanced), Semrush propose une brique « AI Optimization » dédiée aux grandes entreprises, avec des capacités avancées de gestion des prompts, de segmentation, de modèles et de reporting centralisé.
Ce positionnement n’est pas anodin. En liant directement SEO, IA et gouvernance des données de visibilité, Semrush cherche à faire remonter le sujet au niveau des comités de direction. Bill Wagner insiste sur le fait que la visibilité en ligne doit devenir un enjeu de C‑suite : dans un monde où Google, ChatGPT et autres IA deviennent des portes d’entrée quasi exclusives à l’information, ne pas piloter sa présence dans ces environnements revient à renoncer à une partie de son marché adressable.
Pour les organisations, la question n’est donc plus simplement « Avons‑nous un outil de suivi de position ? », mais « Sommes‑nous capables de mesurer et d’optimiser notre visibilité globale dans les moteurs IA et de recherche ? ». Semrush One s’inscrit dans un paysage où les stacks marketing devront intégrer, en plus des traditionnels outils d’analytics et d’automation, une couche d’intelligence dédiée à la visibilité IA. C’est cette couche qui permettra de faire le lien entre les insights générés par les moteurs et les actions concrètes sur le contenu, la marque et les campagnes.
En l’espace de dix‑huit mois, les AI Overviews sont passés du statut de curiosité moquée à celui de composant central de l’expérience de recherche, utilisé au quotidien par des journalistes eux‑mêmes selon Business Insider. Leur pertinence s’est améliorée, leur couverture s’est étendue à plus de 200 pays et 40 langues, et leur impact sur le trafic organique est désormais documenté par de multiples études. Google répond de plus en plus directement aux questions des internautes, et la place laissée aux sites tiers se réduit, qu’il s’agisse d’éditeurs média, de marques ou de petits créateurs.
Dans cette nouvelle ère, les outils SEO ne peuvent plus se contenter de suivre des positions et des volumes de recherche. Ils doivent cartographier un territoire où l’IA, la publicité et le contenu humain cohabitent , parfois en synergie, souvent en tension. En lançant Semrush One, Semrush parie sur un futur où la visibilité se mesure autant dans les réponses de ChatGPT, Gemini ou Perplexity que dans les SERP de Google. Pour les marketeurs, l’enjeu est double : protéger leurs acquis face à la montée du zero‑click et de la désintermédiation, tout en captant les nouvelles opportunités offertes par les moteurs IA. Ceux qui sauront penser « AI visibility » dès maintenant transformeront une menace en avantage concurrentiel durable.
